Les travaux commencèrent assez vite. On fit appel à l’architecte Dieulafoy et, après sa démission, à son assistant Thillet. Pour la décoration, on fit travailler les artistes locaux : Ponsin-Andarahy, Laporte et Maurette pour la sculpture, Bernard Bénezet pour la peinture du plafond. Elle fut inaugurée le 1er octobre et sembla presque trop luxueuse : toute d’or parée, elle était une vraie bonbonnière, maintenant éclairée par un somptueux lustre de trois cents becs.
Pendant les vingt dernières années du siècle, le Capitole vécut une histoire mouvementée, mais heureuse. Réunir une troupe de chanteurs absolument satisfaisante était la première et presque la seule mission des innombrables directeurs qui se succédèrent. Étant donnée l’exigence du public, la chose était une pure chimère. Mais le théâtre vivait en quelque sorte de sa vie propre.
En cette période si faste de l’opéra, chaque année apportait son lot de nouveautés : les nouveaux Verdi, les ouvrages de Delibes, Bizet, Massenet, Gounod, Reyer, Saint- Saëns… En 1885, on remonta le Freischütz de Weber qui n’avait pas été donné depuis 35 ans. Et la dernière décennie du siècle vit la fièvre wagnérienne s’emparer du Capitole.
Quant aux premières années du siècle, sous la direction de Justin Boyer, elles virent les immédiats succès de Puccini – on y donna Manon Lescaut avant Paris, de l’André Chenier de Giordano, de la Louise de Charpentier ou du Chemineau de Leroux. Comme nous l’avons dit au sujet de Pedro Gailhard, les grands chanteurs du Palais Garnier venaient régulièrement au Capitole : entre autres, Marie Delna vint chanter Samson et Dalila en 1908 et Delmas vint donner Thaïs et Faust.
Mais ces représentations prestigieuses ne résolvaient pas les problèmes de la troupe permanente : trouver un Raoul de Nangis, un Wilhelm Meister était devenu bien difficile. Un premier concours de ténors, organisé par La Dépêche de Toulouse et le journal Musica eut lieu en 1908 sous la présidence de Pedro Gailhard. Il devait être l’ancêtre de celui qui naîtra en 1954…