LES TROIS DEBUTS

On ne s’étonnera donc pas que ce soit ce public à la fois amateur, instinctif et démonstratif qui soit le véritable propriétaire du théâtre et qui préside à ses destinées. On sait qu’il eut longtemps tout pouvoir sur les chanteurs. Ceux-ci, sauf exception, étaient engagés pour la saison et devaient réussir la difficile mise à l’épreuve des fameux Trois débuts, c’est-à-dire qu’ils devaient faire leurs preuves dans trois rôles différents en début de saison. Dans bien des cas, ils n’arrivaient pas au bout de leur première représentation.

Les chroniques du théâtre sont évidemment pleines d’anecdotes réjouissantes, où les chanteurs sont sortis de scène de la manière la plus cavalière. La police n’est jamais bien loin et c’est plus d’une fois la justice qui devra trancher les conflits.

Une idée sans doute assez juste d’une saison du théâtre nous est donnée par un Journal des représentations des années 1747-1748. La saison fut ouverte le 8 juillet 1847 et se termina le 30 avril 1848. Elle comprenait trois cent neuf représentations données en parallèle au Capitole et au Théâtre des Variétés et, comme précédemment, elle mêlait comédies, drames, vaudevilles, ballets, opéras comiques et grands opéras.

Pour assurer cette intense activité, la troupe est constituée d’une cinquantaine d’ artistes aux rôles strictement définis, d’un orchestre de quarante-huit musiciens et d’une quarantaine de choristes. Pour l’opéra comique, Grétry et Philidor sont oubliés : ce sont maintenant Boieldieu, Auber, Hérold et Adam qui triomphent. Et le Grand Opéra à la Française a rejeté dans l’oubli la tragédie lyrique.


Le Capitole accueille alors les grandes créations de l’Opéra de Paris : La Juive et La Reine de Chypre d’Halévy, Les Huguenots et Robert Le Diable de Meyerbeer, le Guillaume Tell de Rossini, La Favorite ou Les Martyrs de Donizetti. Toutes ces œuvres demandent évidemment des chanteurs de premier plan et même de format héroïque. Et c’est dans ces seuls ouvrages que l’on acceptait de mettre à l’épreuve les futurs dive et divi.

> ch 6 Une glorieuse école de chant