Quoi qu'il en soit, la Salle du Jeu de Spectacle ouvrit le 11 mai 1737 et la direction en fut confiée à Mademoiselle Desjardins, directrice de l'Académie Royale de Musique. Six-cent-soixante-sept personnes pouvaient y prendre place et l'on jouait tous les soirs. La mode de l'opéra stagnait un peu : et si l'opéra-comique remportait tous les suffrages, le grand opéra et la tragédie lyrique n'avaient pas encore trouvé leur public.
Cependant, on peut être sûr qu'y furent donnés Atys de Lully ou la Médée de Charpentier. Les représentations d'opéra dépendaient de toute façon des chanteurs que l'on pouvait trouver et les troupes, si elles disposaient souvent de voix pour les opéras-comiques, étaient moins riches en chanteurs de grand format.
La machinerie avait été soignée et le théâtre comptait parmi les plus modernes de France. Le tout fut cependant déclaré absolument insalubre en 1755… De leur côté, les spectateurs étaient assez agités. Certes, ils n'assistaient pas au spectacle dans des conditions très confortables : la salle était sombre et la chaleur y était suffocante. Les tumultes y abondaient, malgré les nombreux édits municipaux pour y faire régner l'ordre.
Les grands triomphateurs du temps étaient ceux-là même qui étaient applaudis Salle Favart à Paris. On y fêtait Grétry, Philidor, Dalayrac, Favart, Monsigny ainsi que l'illustre Devin du village de Rousseau. Dans ce répertoire, la tragédie est peu présente. Mais Alceste de Gluck eut la faveur de trois représentations en 1786…